Alors que le ciel de Bandung s’éclaircit après les orages de pluie de la soirée, quelques lueurs blanches et noires crèvent l’épais tapis nuageux, miroir rougeoyant de la ville. Tout est calme ce soir, et quelques mobylettes au pot d’échappement trafiqué s’éloignent au loin, alors les bêtes de la nuit peuvent asseoir leur domaine et roder ici et là-bas.
Nous profitons de ce répit zébré d’éclairs menaçant et grinçant pour nous arrêter dans le parc à ciel ouvert d’Hegarmanah, et d’interroger Sylvain CC sur l’Indonésie, Bandung et tous ces sujets qu’on aborde que trop rarement. Ecoutons donc ses paroles.
Sylvain, avant d’entamer le propos plus en avant, pourriez-vous vous présenter ?
Je suis né dans la région marseillaise et suis un pur produit de la ville, plutôt de cette ville de caractère et de sang qu’on appelle Marseille. Ici, vous naissez avec la mer, sa présence est partout et réelle et nous donne ce sel de vitalité qu’on nous envie en France et plus loin encore. Très tôt comme tout bon marseillais, j’ai ressenti le besoin d’aller voir au large, visiter d’autres pays tel un Irlandais au chapeau qui marche, afin de m’enrichir des expériences de toutes ces cultures et de ces populations du monde entier. Tout cela pour en rapporter le meilleur pour ma ville. En fait, pour comprendre Marseille, il faut apprendre l’Asie, les Amériques, l’Inde, le monde arabe, la ceinture australe, et les iles lointaines balayées par les vents des pôles. Car, Marseille est une ville multiple et étrange.
Vous nous parlez avec une immense passion de cette ville. Pourquoi ?
Car ici, comme dans certaine ville qui pue l’Histoire, les murs possèdent un esprit, mais peut-être une âme, ainsi le marseillais échange tout au long de sa vie avec sa ville, c’est pour cela que même à Bandung, nous nous devons de porter les symboles de la ville. Par, ex un T-shirt de l’OM fera l’affaire, et surtout de parler de notre ville en positif afin de faire grandir cette idée. Car, comme l’a si bien dit Di-Caprio, il n’a rien de plus puissant du pouvoir et de l’argent qu’une idée. Tout au long de notre histoire, nous avons survécu à des calamités et toujours nous sommes restés droits dans nos bottes. Ainsi, en 935, les incendies de la St Bernardin ont dévasté tout le vieux port, et les flammes hautes comme des mas de cocagne furent aperçus jusqu’en Corse. En 1223, un hiver terrible s’est abattu sur l’Europe, et phénomène rare, la mer méditerranée fut prise sous les glaces pendant 8 semaines, ce qu’on sait moins fut qu’une épidémie de choleras a décimé au printemps suivant nos femmes et nos enfants. Et, pourtant, nous possédons dans nos gènes cette force qui nous rend plus fort lorsque l’orage approche puis gronde. Et, jamais, au grand jamais, nous n’oublierons nos frères et nos sœurs qui ont donnés leur vie pour un idéal et ont forgé dans le sang et la sueur le Marseille d’aujourd’hui.
Et cette passion pour le football qu’on sent vibrer chez vous?
Le Football est un sujet démocratique ici et représente une image en miniature de notre époque de souffrance morale. C’est aussi le théâtre grec de la vie où se côtoient des êtres quasi-mythologiques au centre d’une arène. Ainsi, au vélodrome, il y a toujours plus à regarder qu’un match de football, il y a toujours plus à comprendre qu’une tactique de jeu et d’un adversaire au jeu vif, car ici l’atmosphère est chargée de cet excès, de cette force transcendantale qui irradie autour. Le Vélodrome n’a pas été construit sur un cimetière indien, et Dan Simmons ne s’en est pas inspiré pour écrire son diptyque Olympos-Irium. Et, pourtant, quelle est cette résonnance qui nous prend aux tripes les soirs de match? Il y a quelque chose de surnaturel au stade, quelque chose de fort qui transforme les joueurs ; on se souvient alors des dribbles endiablés d’un Chris Waddle, on revoie les tacles appuyés d’un Basil Bolie en transparence des gestes défensifs d’aujourd’hui, on devine les yeux colères d’un Mozer lorsque le ballon vole tel une flèche au dessus de la surface de réparation, alors en fermant les yeux on entend Raymond Goethals aboyer ses ordres avec son accent irrésistible.
Tout se mélange et se conjugue ici. Et, bien plus.
Que signifie le mot « extraordinaire »?
C’est plus qu’un mot, c’est une idée et si je vous révélais son sens premier, peut-être regarderiez vous l’humanité d’une autre manière.
Nous sommes entourés d’extraordinaire et parfois nous ne le voyons pas, aveuglés que nous sommes par des nuages d’imparfait.
Ainsi, en Indonésie, à PTDI, tous les jours, il y a des actions extraordinaires, des actions qui sortent du commun, des exploits cachés au plus profond d’une FAI room Taskforce ou aux tréfonds d’un Toolcript.
L’extraordinaire définie l’humain, et il n’y a rien de pire que l’expression : chose extraordinaire qui rabaisse le qualificatif au rang de carton en papier mâché. Le mot extraordinaire est extraordinaire, on dirait qu’il chante.
Que vaut Bandung dans le concert international?
Sans doute, une des meilleurs villes de la planète. On y trouve un bon équilibre entre le rêve et l’imaginaire car ici la réalité est belle. Comme dirait quelqu’un que je connais, « ici, les poissons vivent en liberté dans leur aquarium ».
Et, cependant, on ressent le besoin d’une autre révolution, et de sortir de l’écrin de cette conférence des pays non-alignés des années 60. Imaginer cette époque aujourd’hui. Parfois en traversant les rues de Bandung la nuit, on entrevoit le Marseille de jadis.
mercredi 30 mars 2011
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