lundi 24 juin 2013

Bandung caravane

Ce Dimanche matin à Bandung, il faisait frais, presque froid sur les hauteurs de Dago, vous savez, cette route en direction du Valley et qui monte en pente douce vers Lembang, pour boire un café en compagnie de Sulamith, ma voisine géographe, qui s’y connait sérieusement en lignes de niveau, cartes, glissements de terrain et autres tremblements de terre, et Dieu sait que l’Indonésie est un terrain propice à toutes ces études. En ce moment, les orages sont plutôt chaotiques, et étant loin d’être expert en météorologie, il parait que les pluies diluviennes du matin ne sont pas communes. Revenant à notre propos, nous avions décidé de nous arrêter au Dago Selasar, qui est un petit café assez spécial, à l’intérieur duquel se trouve un magnifique arbre, et coule un ruisseau, cette intégration naturelle lui donne un certain charme que Michelle aurait plaisir à découvrir pour discuter de ces choses du temps présent : est-ce que Jokowi participera aux prochaines élections ? Ou bien choisira-t-il de partager un ticket avec Maman Megawati, une fille de Sukarno ? L’augmentation de 30% du prix de l’essence entrainera-t-elle inflation et instabilité civile ? Toutes ces questions que j’aurais eu aussi plaisir à partager avec Roger, Magalie et Germain, sans oublier Félix accompagné de Kat, un samedi matin car, avouons-le aujourd’hui, le reste de la semaine, j’étais retenu prisonnier par cette entreprise solide de l’Oise Faurecia, qui reste une usine à user des ingénieurs et à promouvoir les amis des amis. Ce matin-là, Sulamith et moi avons discuté des sujets de Juin 2013, sans référence aux années 2000, car à quoi bon ? Pourtant, cette nuit, j’ai fait un rêve étrange et assez pénétrant, en rêvant que 2 mondes se rapprochaient, que 2 espaces cohabitaient l’ombre d’une faille, d’un instant, d’un présent, ou d’autre chose de temporel. C’était un Samedi matin vers 11h, à l’ouverture des lieux, car Michelle n’est pas matinale, il devait à cette heure, c’est-à-dire vers 16:00, tomber un orage redoutable sur Bandung, que j’ai poussé cette porte de guingois et cette devanture plutôt vieillotte, pour me diriger dans l’arrière-boutique, où pêle-mêle trainait sur une table un capharnaüm de livres traitant d’art et d’ennui, mais ce qui m’a attiré ce jour dans une étagère de côté fut une édition du routard traitant de l’Indonésie que j’ai feuilletée au hasard sans intérêt, sans grande motivation, et à de tourner des pages tout seul en passant de Bali à Lombok, puis à la province de Java. Une semaine avant, une grosse tireuse de carte, amie de Michelle, m’avait dit sans me connaitre que je devais voyager ces prochaines années. Durant ces 6 ans, j’ai passé du temps dans cette librairie d’occasion, car j’y ai découvert les œuvres du passé, mais aussi un esprit qui manquait tant à Faurecia, une entreprise médiocre de l’Oise, sur laquelle il serait bienvenu qu’une bombe atomique tombe par hasard. Comme son nom ne l’indique pas, Sulamith est une allemande, qui comme Carmen, est né à Hambourg au Nord, et dont je n’ai plus de nouvelles depuis plus de 10ans, ce qui me fait dire son manque d’intérêt extraprofessionnel, je crois que nos rares conversations purent se résumer à une phrase dont je me rappelle d’une manière vivide aujourd’hui au coin d’une porte à l’occasion d’un BBC à Blackstone road : « are you trying to tell me something ? », à cette époque, dans les années 2000, j’étais infiniment trop timide pour développer quelques sujets du cœur, et je crois que la conversation s’est arrêtée là à jamais, enterrée dans un certain néant. Donc, Sulamith m’a parlé de Munich, une ville trop chère, que sa sœur mariée à un gars travaillant à BMW habite avec ses 2 enfants ; je lui ai rétorqué un souvenir de Cellbond et d’une visite, lors d’un hiver glacial, dans cette entreprise pour rencontrer un certain Herr Schluptoken, l’archetype typique de l’Allemand moderne qui, sans faire preuve d’arrogance, vous rappelait bien votre position dans cet univers industriel. J’aime Munich, ses routes larges, ses buildings carrés et propres, ses magasins éclairés et ses gares comme des cathédrales. Un soir, avec Mike, le patron égocentrique, radin et généreux de Cellbond, je crois y avoir bu une bière dans un pub immense appelé Augustiner, dans lequel lefuror avait son carré. Est-ce que Frauke était là ? Impossible de me souvenir. En tout cas, être l’amie du patron peut transformer une secrétaire médiocre en avion de chasse du marketing international. La mémoire joue des tours, surtout lorsqu’elle vieillit. La mémoire vieillit et hante mes nuits. Et, là, j’ai envie de citer une phrase au hasard, tiré de n’importe quelle page du dernier Stephen King, 11.22.63, et là, j’ai envie de me dire que cette phrase possèdera une certaine signification, une évidence de hasard, quelque chose de vrai demain, et qui ne l’ai pas encore, une addition de mot qui pourrait changer le monde, l’univers et le temps. Ce sera page 632, écoutons et réfléchissons en silence: « I did some more crying, because I thought you were gone for sure. I was scared for you, but I hated you, too”. Voilà, cela sera cela. La boucle sera bouclée. Nous finissons notre café, un regard sur le Bandung un Dimanche de Juin en 2013. Et, la route reprend. CeVendredi, en second round de notre visite culturelle de Bandung, nous avons décidé de pousser les portes du Verde, qui est un lieu cosmopolite où se rassemble une certaine classe moyenne aisée de Bandung et Jakarta réunis ; en prenant une place côté cuisine, ce qui offrit une vue en écran large sur ce restaurant ultra branché du mi-Dago. Un DJ à la tête de Pinocchio s’escrimait sur ces manettes à extraire des airs sans rythme et étrangement envoutant. La lumière était assez tamisée pour, d’une part laisser entrevoir les ombres de belles indonésiennes du temps présent, et de l’autre faire disparaitre les bestioles immondes qui rampent plus bas en ces lieux. Un moment donné, alors que notre amie Sulamith piochait sur son portable, ce qui n’est jamais bon signe, j’entrevus au loin les handballeurs du Bouc Handball, autour d’une table en train de commenter le dernier match du samedi, malgré la distance et la musique de plus en plus forte, -désagréable le Pinocchio-, je distinguais certaines phrases et un peu moins celle de ma voisine, qui maintenant dissertait sur son père, une sommité mondiale en gestion des forêts, qui a « crée » le système du Pérou, fut prisonnier au Mozambique dans les années 80, et vécu une vie des plus riches à voyager, explorer et tracer des cartes, et hélas aujourd’hui victime d’un AVC plongé dans des rêves de verdures et de séquoias millénaires. On nous servit une guiness, et je voyais bien que les joueurs de mon équipes, les Louis, Deni et autres Franki, me faisaient des signes pour les rejoindre, mais que neni je restais dans ces conversations exotiques et non classifiés que Sulamith semblait dérouler plus vite qu’un tapis volant. Vers 23h, un DJ prit les commandes et lança langsum le dernier DaftPunk, qu’on entend au monde entier mais pas urbi & orbi en ces époques actuelles. Au loin, dans le coin prêt des grandes plantes -encore une fois un resto de verdure qui tranche avec les poubelles des rues ambiantes -, mon équipe était servie : faritas poulet, des marmites mexicaines et autres plats épicés. De notre côté, nous restâmes sur des bières alors que je commençais à fatiguer de ma semaine un peu trop chargée ; il était l’heure de payer et quitter la scène. Un dernier signe à mes amis des années 2008, et nous sortîmes du Verde assailli par la pollution et la circulation de ces heures. Et, là, en aparté, faisons une citation pour Roseline, qui est une fille exceptionnelle connue sur les bords du Théâtres en l’air en 2004, et qui aujourd’hui est administratrice d’une troupe dans sa belle région de l’Ouest, une phrase encore du dernier Stephen King, qui devrait s’arrêter là après un tel chef œuvre : « Fifty dollars, she shouted. Fifty dollars for a ride into Dallas. Main Street. Main Street. Gotta see Kennedy. Fifty dollars.”. Alors, il était l’heure de marcher dans les rues de Sangkuriang, désertes mais peuplées d’Invisibles. Alors, vers 23h, un soir d’été en France de 2013, un soir de fête de la musique à Bandung, un vent frais secoua la cime de grands épicéas oppressés et stressés par le béton plus bas. Et, autour de nous, des milliers esprits rêvaient de jour meilleur, d’égalité, de liberté et de bonheur. Alors, je pensais à la petite fille de 2 ans de mon chauffeur, qui venait de subir ce matin une opération de 6 heures, que j’avais vue à l’hôpital, les larmes aux yeux, avant-hier. Ainsi, furent mes époques en Indonésie.