Dans l’aube fraiche du Nord Dago, au dessus de la décharge à ciel ouvert du Terminal Dago, qui le soir tombé grouille de rats noirs de l’espère ratus-ratus, dont les cousins éloignés peuplent les égouts de France et de Navarre, je pense à Ruri qui réalise des expériences à l’Institut pharmaceutique Pasteur Indonesia sur ces animaux, et d’étudier leurs systèmes immunitaires. Je ne sais pas si ces études sont d’importance et mèneront à quelques publications dans des revus spécialisées mais pour l’instant il est clair que la population en rats de la ville surpasse avec aisance celle des humains génétiquement plus évolués.
Et, dans cette aube rafraichie par un orage de la nuit, l’équipe française s’engouffre dans les souterrains du Dago Bakar, qui furent jadis construits par le sang par des indonésiens sous le jouc des hollandais puis des japonais. Les murs coulent d’humidité et une bande d’autochtones agressifs nous tend des lampes électriques et des conseils en dalam baha indonesia pour 3000 Roupias.
Page 99 de Drood : « He was smiling at me again and the intensity of his gaze precisely the kind that made so many first time interlocuteur believe that Charles Dickens could read their mind ».
Ces lieux sombrent sous la colline, sont révélés et se targuent de posséder de nombreuses légendes qui empêchent les visiteurs d’y dormir trop profondément durant les nuits. Les rêves y sont souvent sombres, et peuplés de paroles.
Nous marchons en silence, sans faire attention aux mots que nous ne prononçons pas, aux respirations que nous bloquons lorsque les murs craquent en silence, et les pieds glissent sur une roche un peu trop lisse, comme-ci nos pas étaient précédés par d’autres, oui beaucoup d’autres. Le bout du tunnel nous éblouit dans clarté subliminal, et un courant assez confortable nous frôle comme l’éther d’un imaginable univers qui ne serait pas rempli de vide, mais d’une énergie de conscience qu’on pourrait appeler énergie de l’empathie.
Page 386 de Drood : « Beyond the edge of the graveyard there was a high-mounted pit with fumes rising from it. Dradles, cluching his heavy bundle to its chest, walked past it without comment, but Dickens paused and said, “This is lime, it is not?” “
Finalement dehors, les mots nous blessent, car ils n’expriment pas ces images que notre esprit n’a pas enregistrées, et surtout comprises. Ce n’est pas de la peur, ni de l’étonnement et encore moins un sentiment d’inquiétude, mais la vie. Un sentiment de vie de la pierre à la terre, d’un pays qui sait se mouvoir avec souplesse entre les catastrophes naturelles, et la pauvreté des sociétés inégalitaires, dont la moindre orientation démocratique peut se transformer en crime.
Nous sommes ensemble dans une place en forme de cour où un chien à l’adn de batard est allongé comme une loque, le poil gris et sale, le museau vérolé, la gueule pendante et presque baveuse ; que celui-ci ne serait pas à quelques stades de la rage, que nous n’en pensions moins. Nous nous éloignons en longeant quelques indonésiens pas très propres sur eux sur leurs vieilles bécanes crasseuses, puis ralentissons le pas pour saluer les vendeuses des chemins : chips molles, boissons glutamatées d’hier, épis de mais grillés sur feu de bois. Bref, rien d’affriolant et qui ne vaut la peine d’être écrit, sauf le regard de ces dames plein d’histoire.
Page 606 de Drood « I was too weak to rise. A half-minute of struggling only got me propped awkwardly higher on my pillows. But the scarab dit not assassinate me. Perhaps, I thought hopefully, it did not understand English.”
L’orage gronde au loin et le temps de la retraite. Le sol est sec, les branches et les feuilles le sont aussi depuis plus de 24 heures. Un cri perçant nous surprend, là où nous aurions du ressentir de la confiance, de l’expatriation et de vieux bouts de chandelle. Les singes commencent à s’exciter, et au loin dans la vallée encaissée, les hautes branches sont tordues par d’invisibles mains crochues. Soudain, à 300 mètres à travers les ombres de la jungle, une forme blanche se déplace dans la végétation, serait-ce un gorille que j’aurais déjà gagné une bière. Mais, non, sans doute un humain retourné à celui de single comme un Darwinisme calcique et a-procréateur.
Finalement, ensemble nous regagnions le parking, la civilisation explosive de Bandung, le silence des pots d’échappement, des minarets et des vendeurs de rue, qui vivent l’Indonésie comme une unité inaboutie, mais une unité quand-même.
mardi 15 février 2011
dimanche 6 février 2011
Lettre à Mr Habibie
Il y a des livres qui voyagent bien comme ce petit roman de A.E van Vogt « Slan » écrit sans doute dans les années 40 à une époque où les occidentaux avaient une conscience du danger bien plus aiguisée qu’aujourd’hui, et qui hélas a bien vieilli mais dont les thèmes sont éternels : le traitement des minorités par une société, l’évolution, l’affirmation d’une conscience démocratique et surtout les révolutions en tant qu’entité monstrueuse imprévisible.
D’autres œuvres voyagent plutôt mal et se déchirent au détour d’un coup de crayon, ou de couteau au détour d’une ruelle nocturne de Bandung, là où les feux de poubelle ont remplacé l’ordre : je pense et peut-être vous aussi à l’étrange « Dubliners » du bon James Joyce et publié à l’aube de la première guerre euro-mondiale et bien avant les Ulysses et autres Fennigans Wake illisibles car écrits sous des substances étranges.
Dubliners parlent de ces gens normaux qui vivent dans leurs conditions sociales d’un catholicisme engagé perturbées par une misère qui ne se dit pas. Ces gens (et j’utilise le terme avec noblesse, loin s’il en faut de la condescendance en usage des politiques) s’exposent dans la simplicité de leur bonheur, leur détresse, la nudité de leurs esprits black in white, white et black. Bref, rien à voir avec l’ami Habibie -ex-homme politique et ex-directeur d’industrie de PT IPTN-, qui réécrit le passé à coup de mots tel un vieillard cacochyme, car cet homme sait avec un certain brio parkinsonien, il faut l’avouer, remodeler un passé qui l’a vu naitre au monde des affaires, pour récupérer avec héroïsme les succès d’antan tout érigeant une tour d’ivoire de critiques d’aujourd’hui.
On voudrait dire au bon Habibie de se souvenir des responsabilités qu’il a eu durant ses époques de troubles, fin des années 90 lorsque, sous une révolution sanglante, un peuple a écarté ce vieille escrocs-dictateur de Suharto, et ainsi de réaliser en souplesse une transition, puis d’ouvrir le chemin des élections vers l’instauration in fine d’une sorte de démocratie.
Sur ma table, une autre œuvre d’un autre auteur génial et anticipateur : Robert Silverberg, dont l’écriture lisse et dépouillée nous fait voyager vers l’ailleurs : d’un frais matin de brouillard où des tours de plusieurs kilomètres dominent un monde recroquevillé sur des désirs immédiats (les monades urbaines, bien évidemment) ; dans les jardins taillés à la française d’un régime médiévo-communiste (le château de Lord Valentin of course) ; aux confins du temps et d’un espace en perpétuelle mutation où les singularités font place à une objectivité toute humaine (les déserteurs temporels à relire) ; et surtout de propos recentrés sur l’extraordinaire et l’homme déchiré par ses angoisses(l’oreille interne, un classique).
Ce livre, dont je ne vous dirais pas le titre, commence comme cela : « Cette fois, Tom s’était senti poussé vers l’ouest par une force intérieure. Une direction qui en valait bien une autre. En allant vers le couchant, il arriverait un jour aux confins des terres et de là serait-il possible de s’élancer vers les étoiles ».
Cet après-midi, je discutais avec Monique, de cela et de bien d’autres sujets des différences entre les sociétés françaises et indonésiennes, car il est toujours du même thème que ces discussions couvrent. En buvant, un café au Sétiabudi Market, elle leva plusieurs fois la tête en croisant d’anciens collègues de business, et me rappela que ce lieu était lui-même dirigé par la femme de Fulrentio : Ruth, que j’avais rencontré quelques mois plus tôt lors d’un repas d’affaire avec Fred Maurin et Seb Ricci. Ruth avait eu la délicatesse à l’époque de ne pas se présenter mais seulement de nous saluer comme l’aurait fait une employée respectueuse. 3 mois passés, cette salutation me revient avec une certaine force, et lui donne une valeur bien plus estimable.
Ainsi, Mr Habibie, il est plus noble de pouvoir changer le futur par des actes et des gestes de qualité, que de vouloir recomposer le présent en modifiant l’Histoire et enterrant ses erreurs d’antan.
Car, nous serons toujours là pour vous les rappeler, Monsieur l’ex-Président intérimaire d’Indonésie.
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