lundi 20 décembre 2010

Ce jour de Décembre, alors que des flots de neige fondent sur l’hexagone, et que des parisiens déprimés par trop de parisianisme aigu regardent l’écran à images (avec vulgarité la télé) dans l’attente d’une bénédiction sacerdoçale du bon A-petit-feu, vrai ministre de l’intérieur, nous avons décidé d’aller faire un tour du coté des iles Florès puis de Komodo à la recherche du légendaire monstre.

Le périple commença au bord d’un jig, à savoir celui du jonctionnement principal de la structure à Bandung. Ici, dans le bâtiment d’industrie, une équipe de travailleur de Lembang ou d’ailleurs force leur destin à attaquer une dalle de béton super-armée de 30cm. Cette énorme pétarade me fait penser à l’Afghanistan des années 80, où nous n’avons pas su tenir nos positions au nord de Kandahar. A l’époque, Fred Bangh était major et à la tête d’une petite équipe spécialisée dans les coups de main : attaque fulgurante, locale, en petit nombre en vue de détruire une cible. Il nous parle avec passion de son expérience et bien d’autres choses.


Fred, que comptez vous trouver sous cette dalle ?
- En effet, ce bruit assourdissant rentre en résonnance avec tous les instruments de mesure, et gène les monteurs dans leur travail d’assemblage, et surtout l’outilleur qui ne pense qu’à ses jigs.
Parmi les compagnons indonésiens, des bruits courent. J’entends dire que ce perçage en règle libérerait certaine force. J’hésite à en dire plus. On parle d’une équipe d’assembleurs des années 80 disparus un Samedi d’over-time. Cependant, aucun rapprochement ne peut être délibérément fait avec mon ancienne affectation au sein de l’armée française. Une expérience humaine que je juge tout à fait satisfaisante et qui me permet aujourd’hui d’aborder avec zen le flegme javanais, et toutes ces légendes d’outre-terre.


D’où vient cette formidable idée que vous avez eu de partir quelques jours explorer les iles à l’Ouest de Java.
-Permettez-moi d’abord d’effectuer un léger rectificatif important sur l’origine de cette aventure. L’instigatrice de A à Z fut Laurie, qui, avec une classe et opiniâtreté saisissante a harcelé Bahu Buana. Je cite ainsi ses propres mots : « L’idée qui m’a fait bouger, comme le verbe fait ouvrir d’autres perspectives, est l’eau. L’eau dans sa forme liquide qui coule partout en Indonésie, s’enchevêtre en rivière, entoure ses iles pionnières, façonne l’esprit indonésien vers plus de légèreté, de tranquillité, et de légèreté. L’eau est audace ». On devine ainsi l’influence d’Erik Orsenna chez Laurie, qui est une personne que je respecte pour ses idées, et qui nous a su donner sens à nos rêves en nous projetant plus loin que Bali, au large des iles Florès et de Komodo, au porte de territoires que seuls les cartes et les satellites connaissent.

On vous voit maintenant regarder l’horizon. Quelles images de ce voyage restent dans votre esprit ?
-D’abord, le bleu pure, non outre-mer, mais outre-terre comme je l’ai cité précédemment, souvenez vous. Un bleu clair et profond touché par des vagues millénaires, et qui vous font penser. Ensuite, l’expérience de la plongée avec la vision saisissante de corail dévasté par l’Homme, de barracudas à quelques bras de vos mains dont l’œil lugubre a tôt fait de vous transformer en viandaille, ces sacs et détritus plastiques sur la mer et des courants formants des lignes de déchés blanchâtres ; et enfin la nuit venue des cohortes de chauves-souris, grosses comme des jeunes chiens s’envoler par millier vers le continent-iles en un défilé quasi-spectral jusqu’à la nuit.
Il faut ajouter les ambiances de la pénombre sur notre embarcation chahutée par une tempête au loin dont les éclairs n’ont cessé de nous habiter toute la nuit, les bruits de la mer s’ajoutant aux senteurs fugaces de la mangrove en décomposition, entre ciel et terre, nuit et jour, mammifères attardés et poissons intelligents heurtant la poupe, et qui pourtant s’entredévorent. A cette heure de la nuit, j’ai eu peur de quelque chose de ténébreux niché quelque part sous le bateau, et qui a hanté mes rêves.



Avez-vous des projets ?
-Je suis descendant de cœur d’Henry de Monfrey, et ai lu ses écrits sans pourtant y adhérer. A ce titre, l’autre jour, au Warum Ethnic de Bandung Ciumbuleuit, j’ai eu une conversation très intéressante avec Monique qu’on connaît trop pour son business, mais pas assez pour son amitié pour Jacques Julliard, et surtout les voyages qu’elle a effectué à Lombok. Pour cela, je la respecte.
Un jour, pendant une manœuvre au Nord de la Caucasie du sud alors que nous étions entourés par une bande de tchéchène colère et armée d’un attirail issu des stocks de l’ex-union soviétique, un sergent russe m’a dit dans un accent improbable «Ne soit pas déçu par la vie, les filles ou le destin, mais accroches toi à la réalité et sa complexité». Alors, je joue.



Une conversation de quel ordre ?
-D’ordre moral, et pas du tout, pas une seconde moraliste.
D’ordre social, et sans aucune connotation politique.
D’ordre politique, mais sans référence socialiste.
C’est de cela que nous avons parlé, de la démocratie, de l’influence néfaste de certaine religion, et en cela nous restions garant des thèses de Roger Folco.
Nous avons aussi débattu de la disparition de la grande Helléniste J. De Romilly, disparu hier, et de l’importance des langues mortes, et des classiques.
Le reste n’a que peu d’importance.

Un dernier mot.
-Non.