jeudi 24 mars 2011

Punchrut colère

Parfois lorsque la nuit tombe les apparences changent et les ombres se transforment en choses plus précieuses et fluctuantes ; parfois il faut peu pour croire aux charmes radioactifs des ectoplasmes qui nous scrutent en silence si vous traversez les ruelles sombres de Bandung la nuit venue, et surtout les nuits de pleine lune comme ce samedi.
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Parfois, les esprits rodent sur les téléviseurs du monde entier et troublent nos gestes, nous interrogent ici sur les forces du mal qui nous entourent et tuent au passage, ainsi ce bon vieux Kadhafi accroché à son pouvoir, à sa famille et à l’or noir comme un mort vivant, ou aussi ces images creuses de fumées radioactives qui s’échappent des caveaux nucléaires du Japon à la vitesse du vent, c'est-à-dire vite.
Citons Dickens et respirons ces paroles d’une autre époque, d’un autre siècle (le 19ème) issues d’un esprit aux pensées éteintes depuis longtemps, des paroles, qui, cependant, devraient éveiller certains souvenirs à certaine business woman du Nord Ciumbulueit : « The Thing stole out, dark and shadowy in the pleasant sunlight. At first, I saw only the dim figure of a woman. After a little, it began to get plainer, brightening from within outwards –brightening, brightening, brightening, til it set before me the vision of my own self- repeated as if I was standing before a glass: the double of myself, looking at me with my own eyes… And it said to me, with my own voice: Kill him.“
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Que se passe-t-il au 6 ème étage du bâtiment KP4 pour que les mots ne portent plus et restent enfermés dans un mutisme presque idiot, la nuit ? Que se passe t’il au CCF pour que les portes y restent close le Samedi et le Dimanche alors qu’en face au Bandung Electronic Center la jeunesse du 21ème s’y presse à la recherche d’un graal électronique, d’un univers parallèle, d’un drogue létale qu’on appelle Internet, le jour ?
Parfois, lorsque la colère monte, le calme prévoie et la réalité devient un souffle frais. Celui du large où le marin n’aperçoit plus la cote mais sent frapper les vagues à l’image de mains décharnées : graac, graaaac, graaaaac ; de ressentir le froid vibrer les voiles et l’odeur du vent là-haut dans la grisaille alors qu’une horde de nuages se précipite vers quelques réunions de fantômes lorsque l’orage monte et les éclairs s’annoncent. Ainsi, le ton monte, les religions se mélangent aux actes d’incivilité, et tout ce qui nous a fait aimer l’Indonésie y disparaît dans des geôles sales et immondes, où courent des rats noirs et crasseux, où coulent doucement des gouttelettes d’une eau croupie ayant filtrée à travers une terre souillée où le sol empeste la pestilence des corps en décomposition, humains, insectoides ou d’animaliens. Toute cette merveilleuse Indonésie y disparait, engloutie dans une irrégularité cosmique qui ne trouve pas son nom à coup de corruption, d’anti-éducation, d’alcool, de tuerie, de religions meurtrières, de violence diffuse prête à exploser.
Ainsi, tout serait oublié.
Ainsi, tout serait oublié.
Ainsi, tout serait oublié.
Ainsi, tout serait oublié.
Ainsi, tout serait oublié.

Ainsi, je dirai en ne citant ni la bible, ni la raison, de regarder l’Indonésie droit dans les yeux, d’observer l’action comme vous avez admiré cette envolée d’un Mickael Jordan des années 90, de regarder ce théâtre multicéphale où s’active une multitude d’êtres de chair autour d’un projet, de ne pas oublier que l’élan donne soif, et la soif permet d’avancer et de déraciner les certitudes faciles et les évidences trompeuses pour, in fine, atteindre la lumière. Ainsi au Golgotha du projet, vous souffrirez longtemps, vous observerez la souffrance, et vous la partagerez même, mais jamais n’oublierez vos devoirs, ceux de servir avant de vous servir. C’est ainsi. Sic veni, sic vinci.



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