vendredi 23 juillet 2010

Interview de Balou




Au cœur de la garrigue de Provence chère à Marcel Pagnol, il existe de ces coins que seule peut connaître l’imagination des bambins d’ici et delà. De ces lieux, naissent des légendes, si bien décrites dans Jean de Florette ou Manon des Sources du même auteur. La réalité est plus sale, et Marseille n’est plus cette ville angélique où courre le minot comme après un ballon imaginaire dans les égouts des vieux ports, où les profs d’école de quartier ont grande réputation et se font siffler gentiment par les putes de la Canebière, où les vieux du coin interpellent en sifflant les pomponnettes marchant sous les fenêtres ensoleillées ; et toujours ces cigales qui chantent dans les châtaignés d’Aubagne. Crikcrikcrkcrkcrk.
Non, tout cela n’existe que dans les livres?
Ce point d’interrogation au dessus de la ligne n’est pas là par hasard. Il n’est pas seulement une figure, mais une fenêtre qu’il n’est que trop urgent d’ouvrir. Ainsi, cette interview.


OB : Mr Balou, on connaît vos talents pour l’écriture et votre maitrise de la langue de Molière. Quel est néanmoins votre cursus universitaire.

Balou : Je suis né de l’école de la rue, et plus exactement au Quartier du Miraille à Toulouse.
C’est là que j’ai appris les valeurs de la vie et cette sorte de respect qu’on obtient lorsqu’on se fait respecter. Un jour, un de mes professeurs de rue qui était une sorte de braconnier-pattedelapin-vieux sage m’a dit : « Balou, n’écoutes pas tes poings, mais le son des branches». Ici, à Marseille, on ne regarde pas les gars qui ont fait des études, ou sont montés à Paris pour la chansonnette, mais on regarde le cœur, on écoute les actes et les actions.
Vous me parlez d’université, moi je vous parle d’univers. Vous me parlez de talents, moi j’exprime mon droit à écouter le plus pauvre.
Ici, en France, Eugène Saccomano que je respecte d’ailleurs plus pour ses polars que sa connaissance du foot, m’a dit un jour, alors que nous sirotions un pastis sur le vieux port : « écoutes Balou, je crois qu’en France, il y a cinquante millions d’entraineurs, et 60 millions de donneur de leçons. ».
Alors voilà.


OB : A propos de la France, que sont devenues les racines de la Provence.

Balou : Ces racines n’ont jamais existées, et ne sont qu’une bonne idée pour faire diversion de la vraie vie. Sans parodier qui vous savez, je parle de cette France qui souffre, qui bosse, qui s’expatrie aux 8 coins de la planète, et qui nous représente en silence.
Cette Provence des bouquins et des cigalasses s’expriment dans les contes de Mistral, à Gary en passant par R. Ludlum dans son intemporel « mosaïque parsifal ».
Les racines de la Provence d’aujourd’hui sont dans le ciment à prise rapide et les piscines qui pompent les nappes phréatiques.
Un vieux de Salon avec qui je bois le Ricard tous les midis à la Gouttasse à Lançon de Provence me disait l’autre jour : « Tu sais Balou, des gens comme toi qui connaissent les valeurs de notre région, il n’y en a plus. ». Et, le gars a versé une larme, sans s’en apercevoir le gars a pleuré. C’est un peu cela les racines d’un Pays, ce n’est pas seulement la terre, mais aussi les enfants de cette terre chargée d’histoires, d’Histoire, de sangs, et aussi d’idées.








OB : S’il y avait aujourd’hui un lieu qui ressemble à cette Provence ?

Balou : Je vais vous surprendre et surprendre nombre de mes lecteurs, mais il y a un lieu où j’ai travaillé sur un projet il y a plus de 20 ans en tant que responsable EQNique. Ce lieu n’est pas d’aujourd’hui, mais d’hier. Le Bandung d’Indonésie des années 2010 rassemble toutes les qualités de cette Provence idyllique. Une population jeune et dynamique en pleine transition, un tissu industriel en révolution et poussée par la pression d’un empire chinois à ses portes, des richesses géographiques et matérielles indéniables, et aussi une peur sous-jacente permanente qui réveille les esprits. La peur d’un intégrisme religieux et de conflits territoriaux avec ses voisins.
Bref, tout est réuni pour créer cette Provence du cœur, ses drames, ses aventures, ses merveilles.
Le mois dernier au cours d’une séance de dédicace à Londonderry puis d’une conférence devant mes pairs, je me retrouvais à boire un Old-Jameson tourbé des familles lorsque je fus abordé par José Bové et eut une discussion des plus admirables sur le communautarisme français des années 20, et évidemment vers 3 heures du matin, nous discutâmes de cet éternel sujet qu’est la Provence, il me fit une remarque un peu surprenante qui ébranla certaine de mes convictions et aussi me conforta dans certaines opinions : « Ce qui m’intéresse, en fait, ce n’est pas une société qui stagne, et qui se raccroche au seul espoir de croissance ; mais les sociétés de rupture, celles qui sortent de conflits comme des plantes de la cendre. Ce qui me passionne en réalité, ce sont ces sociétés qui naissent ou renaissent. C’est là, je pense, que tu trouveras la Provence ».


OB : Aujourd’hui, que véhicule une équipe comme l’OM en tant que vecteur d’une région.

Balou : Je ne crois pas au technologiquement correct, je ne crois pas au règne de l’Internet qui va supplanter le papier, et je crache sur ces businessmen qui vantent la société du numérique.
Aujourd’hui, je vois trop de jeunes français ou indonésiens accrochés à leur portable, à s’envoyer des messages stupides via leurs instruments électroniques.
La dessus, je respecte le sport qui est le gout de l’effort et non de la paresse ; à contrario Internet et les portables abrutissent et ankylosent une certaine jeunesse en la dirigeant vers la nonchalance. Il faut respecter ces joueurs qui transpirent dans l’arène du Vélodrome, il faut respecter cette enceinte que je souhaite rebaptiser en Arènodrome et reconstruire sur la mer, sur notre belle méditerranée. Imaginer, ce stade de 80000 spectateurs à 10 km des cotes, comme une étoile de mer au large, et ces milliers d’embarcation si dirigeant les soirs de match. Quelle magie cela serait. Hélas, milles fois hélas, nos dirigeants l’ont perdue depuis longtemps à coup de réalité.
L’OM est un vecteur de Provence, dissous dans la médiocrité. Songez qu’à Bandung, les jeunes connaissent tous les joueurs qu’ils ont élevés à l’égal de Dieux grecs.
Je vais peut-être choquer mais la Provence aujourd’hui, c’est le dormeur du val.







OB : Et le réchauffement climatique.

Balou : Le commandant Cousteau l’avait prévu. Savez vous que les effets les plus importants ne sont pas globaux mais régionaux, et que les régions les plus désertiques de notre planète sont sujettes à des bouleversements de plusieurs magnitudes. Les pôles sont entrain de fondre et des volumes gigantesques d’eau douce plongent dans les abimes ; la foret sibérienne dont la superficie est triple de l’Europe est entrain de se terraformer et en étape de transition de photosynthèse : le poumon de la terre tousse mon bon Monsieur.
Notre seule ressource est les océans, une machine incroyable dont on n’a rien compris et qui est un peu plus qu’un tampon thermique et un capteur de carbone.

OB : Et le trafic d’armes

Balou : Je sais que Monique possède des armes, et pas seulement un petit AK47 des familles. Je lui ai d’ailleurs revendu un vieux Kala des familles à l’occasion de ma précédente visite à Bandung. Je trouve d’ailleurs que le trafic d’armes est une notion intolérable. On ne devrait pas le dire aux enfants.


OB : On dit que vous votez Vert.

Balou : C’est faux, entièrement faux. Ce ne sont que calomnies, rapportées par des individus sans scrupule. J’en connais d’ailleurs un au Ciumbuluit qui repend sur mon compte les rumeurs les plus fourbes.
Sur ce sujet, je fais d’ailleurs preuve de transparence, puisque je possède une carte d’un certain parti dédicacée par quelqu’un que je ne citerai pas, et c’est tout sur ce sujet, et même l’interview. Bonsoir.

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