mercredi 31 juillet 2013

De retour au Papandayan (après 4 ans d'absence)

Je n’aime pas Marseille, non à cause des rumeurs de la ville et de cette vie grouillante du sud, une certaine idée de la Canebière qui hante les esprits à la nuit tombante, tandis que le peuple se promène en murmure le long des quais, ou en conversation notable du côté de La Bonne Mère, mais pour une phrase dite un après-midi il y a 3 ou 4 ans comme un mauvais présage de conversation. J’aime Marseille pour les bons souvenirs, la mer aux nuances de mouvement, les jeunes qui se précipitent en plongeon en criant, les rues ridées inondées de chaleur, les enchevêtrements de propos à l’accent du sud, car là-bas tout est simple et compliqué. Ce weekend en marchant au Papandayan, un volcan légèrement actif du côté de Garuth sur l’ile de Java, le brouillard s’engouffra dans les contreforts de la coulée de 2002, et transforma en 5mn, les cheminées de soufre, les roches rouges, et le lac vert en un décor écossais : gris sur gris avec des nuances de couleur. Le chemin se fit brutalement absent et le cirque de plus de 3km devant disparut pour se transformer en un mur de brume, et je repensais à cette conversation, d’il y a quelques années, une fin d’après-midi en attendant un bus sur la Canebière en compagnie de 2 personnes expertes en tout et surtout en sagesse. La veille (je parle du temps présent), j’avais passé une excellente soirée avec l’équipe au Chef-table, qui est peut-être le meilleur restau de Bandung, travers de porcs confits accompagnés d’un coulis de pomme, fondant au chocolat sur un expresso Illy, puis chez moi pour une bière autour d’une table de salon. Je fus impressionné par Bertrand, un gars sympa auditeur procédé spéciaux, et sa femme, analyste en incident majeur originaire du bassin de Thau, connaissant Niko Karabatic dont je possède avec fierté un maillot Champion du monde, que j’ai acheté à prix d’or à une vente de charité à Bangkok l’année dernière. La conversation a vite tourné autour du Vietnam, de la Thaïlande, du Cambodge, puis petit à petit en une descende inter-temporelle vers le Tonkin, Indochine, car 4 mois passés dans ce coin du monde transforme les esprits d’une autre manière que de regarder Full Metal Jacket à la télé, ou de cuisiner en parlant autour de 3 gousses d’ail et des haricots verts du marché du samedi. Au bout d’un moment, un vent léger s’est engouffré dans la vallée de lave sèche, et toutes les couleurs sont réapparues, à l’égal de ces volutes soufrées tournoyant vers le ciel, puis la marche a reprise. A 2600m, le guide a obliqué vers un plateau d’arbres morts, secs jusqu’aux racines, complètement desséchés, et puis la jungle, une jungle légère et humide où vivent une multitude de petites araignées, et d’autres bestioles cachées et immondes. Il est étonnant de constater la variété des paysages de Java, où l’on passe de la conversation cordiale et ultra respectueuse, aux pensées les plus énervées: tidak ada, tidak bisa, Maaf Pak, lupa. Au bout d’un moment, à force de traverser les petits buissons de plantes sèches et vertes emplies de fleurs blanches, nous atteignîmes un campement où j’eus la désagréable impression de voir des français. Ceux-ci nous ignorant d’une manière majestueuse, leur guide s’approcha et s’essaya à quelques vocabulaires de Baudelaire qui me surprit, en m’expliquant avec une certaine réserve, être un prof à Jakarta en accueil d’étudiants, de venir faire un peu de camping dans ce coin reculé de Java. Il est souvent dans les lieux des plus improbables où l’on rencontre l’extraordinaire et le non-convenu. Alors, une nouvelle meute de nuages voluptueux s’engagea avec détermination sur le plateau, nous transformant à nouveau en fantômes ; nous décidâmes de continuer la marche autour du volcan. Au loin, un cri nous fit frémir, et ma voisine allemande géographe m’apprit bien plus tard lors d’un repas chez l’Italien, pizza légère, pâtes fraiches al dente, raviolis à la viande et surtout une salade aux morceaux de gruyère assez gouteuse il est vrai de ce côté d’Asie, que ce gémissement n’était autre que celui du lynx, prédateur de cette jungle d’altitude, que les javanais n’ont pas complétement colonisé, et c’est à ce moment que nous prononçâmes pour la première fois le non d’un lieu qui fait frémir les Indonésiens, un lieu peuplé de légendes, où les gens s’évaporent d’une manière régulière, là où, il y a un an, Pak Kornell est parti brutalement dans le crash du Sukoi Superjet, un lieu maudit qu’il est bon de taire : le mont Gédé. Et là, j’aimerais voyager à travers les ans, regarder dans le passé, et revenir ce dimanche-là à Marseille il y a 4ans, je crois en Juin 2009. Il est peut-être 18h, demain je pense qu’une journée de travail m’attend, et revenir à ces mots durs dit simplement, ces mots ressemblant à des contre à rebours de vie en y repensant, ces mots dit avec simplicité mais complètement cruels dans leur conception. Je crois qu’il était question de temps qui passe comme cette méditerranée où des fortunes se sont construits sur des radeaux et aussi des misères oubliées. On ne répétera pas ces phrases aux enfants, il risquerait de les citer. On tirera un trait sur ces mots. - De quoi parlons-nous, fils ? - Je parle d’une époque qui n’existe plus, où l’on jouait comme des jeunes chiens fous dans les rues. - Pourquoi Marseille, et pourquoi pas une autre ville ? - Parce que Marseille est éternelle, Gamin. Et, n’est surtout pas une ville banale sans ambition, construite autour d’une petite bourgeoisie, mais autour de Dieux grecs. - Pourquoi, Grand, ne conserves tu pas le meilleur, et oublies le reste. - Parce que c’est cela qui fait notre force. La force de faire face. Hier, il fut l’heure de casser la croute au Tizy, qui est un restaurant allemand de Dago, près du McDonald. J’y accompagnais ma voisine allemande, qui marche à pied, en longeant quelques warum où fument quelques satés et parlent des Irmans, Herry et autre Slamet, sans oublier des Lindi, Kikis et autre Natalis. Nous arrivâmes bien tôt, et eurent le temps d’observer une table d’étudiants criant comme des cochons, et buvant en bavant et s’assoiffer. Un vieux avec une lanterne s’approcha d’un pas pesant au bout d’un quart d’heure, et commanda les boissons. Un jus d’ananas de Lembang pour moi, une eau gazeuse pour Sulamith. Finalement, vers 8h arriva Gusti, sa femme et ses 2 enfants. On discuta musique, puisque Gusti travaille dans une radio HardRock de Bandung, puis de la chute du mur de Berlin en 88, de la France un peu mais pas du tout de Paris, et aussi de la Reformasi. Bref, tous ces sujets furent abordés hier, laissant le reste bien loin.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire