lundi 12 août 2013

De Maribaya vers le fond des océans.

Dans les journaux, on ne trouve plus d’articles sur l’éléphant. Même dans ma ville, les gens semblent avoir oublié qu’il y ait eu jamais un éléphant adopté par la municipalité. L’herbe qui poussait place de l’éléphant à flétri, une ambiance hivernale s’étend déjà sur les alentours. L’éléphant et son gardien sont complétement évaporés, on ne les reverra plus jamais par ici. ». Haruki Murakami, « l’éléphant s’évapore » Ce samedi matin, à J-4semaines en temps universel, était organisée d’une manière brutale une petite balade en haut de Lembang, ville éclectique pour ne pas la nommer, où l’on passe des embouteillages et des combats de rues spontanés, à la tranquillité et la propreté des villes de montagnes et d’altitude. Comme d’habitude ces journées-là sont difficiles à émerger à cause de la conjoncture du Ramadan et les appels extra-matinaux vers 3h30, et surtout des effets de la semaine où l’on court. Ainsi, vers 4h, le curseur était orienté vers l’irréalité, j’eus une discussion avec mon grand-père dans sa maison du bout de la rue, dehors quelques grains de neige tapaient sur les vitres couvertes d’une fine pellicule de graisse, à l’intérieur une odeur de moisissure mélangée à celles de tabac et de café surcuit m’accueillit, je me tournais vers la cuisine où assis dans un vieux fauteuil effilé, il m’attendait : - Ici, c’est toujours la guerre, fiston. On en bave, et mon arthrite me fait souffrir énormément. - Mais, Pépé, quelle est la vraie question ? Pourquoi m’avoir fait venir ici ? - Je n’attends rien de toi, mais je voulais te revoir et te regarder. Tu as bien grandi depuis l’époque où tu partais chasser le lapin dans la colonie de vacances. - Sans doute, mais cela s’est passé il y a plus de 25 ans. Tout à l’heure, je pars vers Maribaya. - Je ne connais pas ce monde étrange que tu nommes l’Indonésie. Est-ce un morceau d’Océanie ? - Oui, Pépé, tu sais en un siècle, notre monde a bien changé. Aujourd’hui, la France se tourne vers ces pays d’Asie pour fabriquer à moindre cout. Et, moi, j’ai suivi le fil de cette histoire. - En effet fiston, ainsi va le monde, mais les valeurs restent les mêmes, les devoirs aussi. Je me réveillais en sueur et en sursaut tel un pantin animé de quelques mouvements mécaniques hasardeux. Je crois que cette conversation resta un petit moment inscrit dans ma tête de roche. Pourquoi ce rêve ? Il y a toujours une signification aux rêves, si bien que je me rendormis brusquement et m’éveillait à 7h30, avec une demi-heure de retard, risquais de tomber dans les embouteillages chaotiques de cette veille de départ en exode (mudik). J’enfilais un déjeuner rapide, toast renforcé par un œuf, quelques légumes et un peu de moutarde, ce qui me fit un effet aussi désagréable que le rêve précédant qui revint en intermèdes nauséeux. Ibu Eti, ma penbantu m’apporta mon journal, que je dévorais en 10mn page par page, et en accélération constante, je pris une bonne paire de chaussure de marche, et je me lançais vers la voiture en allure rapide. Vous remarquerez qu’à aucun moment de processus, je n’ai jeté un regards sur mon passé, suis resté tendu vers les projets de la journée, à savoir monter sur Lembang par la route du haut, me balader dans le parc et profiter d’une heure de fraicheur à 2000m en altitude hors des rumeurs de la ville, écouter la nature, regarder avec simplicité les singes dansés de sapins d’Alaska vers des cayu-jati géants et surtout me faire mouiller le visage au pied de la cascade. Tout cela est assez théorique, et je savais que dans ces périodes de tumultes, la surprise et l’imprévu seraient au rendez-vous. Et, soudain, je ressentis une chose nouvelle, presqu’imperceptible, à travers l’angle mort de mon esprit. Le film se mit à ralentir, d’une manière subtile les images se font insidieusement plus détaillées, plus précises, plus colorées, comme-ci un maitre du jeu à l’allure supérieur me manipulait et reconstruisait mes sensations. Je m’éveille d’un rêve, et je suis entre 2 songes, et un mal de corps effroyable me terrasse, les détails se brouillent, les éléments cristallisent, la voiture, le paysage, Bandung et l’Indonésie s’évanouissent. Les souvenirs commencent même à disparaitre, je le ressens sans en être sure. C’est un étrange sentiment qui m’enveloppe et aussi me rafraîchit comme une douche froide sur une colonne vertébrale chauffée au fer ardent. La balade à Maribaya commença à s’évaporer, tout comme le projet d’une marche de 3h à travers les ruisseaux, les chemins où le regard tombe sur les sacs plastiques, les cris du chat sauvage ou du lynx dans la jungle, les rayons de soleil qui vous brulent à travers les doux feuillages quaternaires, une mobylette qui vous traverse en hurlant et un gars qui vous sourit, ce sentiment d’effort mais aussi de beauté forgé par les ans, ces mauvaises pensées qui vous hantent lorsque la circulation ralentit à cause d’une voiture noire de Jakarta arrêtée au milieu d’une rue, ces rues craquelées, et surtout mes amis du travail, du voisinage et autour qui sourient. Les images tendent à disparaitre et je m’effondre inanimé sans force, sans expérience, presque recroquevillé sur mon âme, je tombe et je dors. - Alors, Olivier ; Voilà ton Indonésie. Existe-t-elle vraiment ? - Je ne comprends pas. Pourquoi de telles images? - Tes souvenirs sont gravés à jamais comme la flèche au temps. Moi-même il y a un siècle, je fus gazé dans une tranchée, mais par miracle, j’ai survécu. - Pourtant, Pépé, j’ai l’impression de les perdre, j’ai du mal à me concentrer sur un instant. - Fiston, il faut se battre pour conserver sa mémoire, c’est un travail de tous les jours. Un travail passionnel. Je me réveille, il est à nouveau 7h30 et la balade à Maribaya est bien loin, un coup de téléphone de ma voisine Sulamith me rappelle qu’aujourd’hui est le premier jour des congés et que j’ai promis une balade vers le Dago Ressort avec ses chiens, 2 colosses de 80kg tout en vitesse et d’humeur joviale. Sa Toyota cubique klaxonne à ma porte; à cette heure le marché du bas Dago bat son plein, et des nuages de chaleur glissent des montagnes vers les tours de la ville, il va faire chaud. On roule sur Dago, vite comme dans un livre de Françoise Sagan, la musique est forte et presque anglo-saxonne. On arrive au Dago Ressort, la route est large et déserte et après le guet, les maisons des nantis s’affichent, des bunkers à ciel ouvert rivalisant de béton et construites sur la pente, la pente. Bref, on marche, on traverse un champ, alors que les chiens se perdent en permanence, on traverse un village et se fait poursuivre par tous les canins vérolés du coin, on marche puis enfin un chemin de traverse, une lueur à l’horizon, on découvre à l’horizon l’immensité de la ville, que je connais qu’à 10%, non à 5%, et pas du tout. Puis, on est perdu, à droite, non à travers le champ en face, puis en longeant la cascade, on traverse un petit pont de bambou, on croise un paysan qui pose son tas de foin, puis son chapeau et disparait. On glisse sur la pente entre une frondaison de feuillages et de branchages en tout genre. Il fait frais, les chiens courent, avancent, reculent, se trainent dans la boue. On croise 2 femmes qui sourient et s’arrêtent de couper des choux, puis finalement je m’arrête prêt d’une retenue d’eau remplie de poissons exotiques en pensant. Je me réveille, il fait froid, et mon sang boue dans mes veines, dans mon corps à l’intérieur de ma tête qui est posée sur une surface pierreuse. Immédiatement, je ressens cette odeur de rocher, d’herbe séchée et surtout de terre, et une terre vieille et ancienne, oui de la terre ancienne. Je ressens tout cela avant d’ouvrir les yeux, comme les étapes d’un rêve en train de disparaitre. J’ai froid, et réalise l’existence de mes membres, qui renaissent après un sommeil d’un million d’années. Où suis-je ? Première interrogation. J’existe donc. Que fais-je allongé dans l’herbe dure dans le silence de la nuit, une nuit à peine éclairée par une lueur diffuse, un ciel d’hiver sous la lune. Je me lève et m’appuie sur mon coude qui me fait mal, mais ce n’est pas de la douleur mais de la souffrance. Je distingue un grillage à travers les pales lueurs de la nuit, une nuit d’hiver. Je m’assois dans mon délire, mais me sens normal, étrangement moi-même dans un monde étranger. Les sentiments et les idées me percutent comme des balles, mais pas encore la panique, je suis assis au bord de la panique même si celle-ci est couverte par mes interrogations. La réalité s’explique toujours. Mes yeux se promènent sur de l’indistinct, une vielle tôle, une étoile encadrée dans une ligne noire, un grillage, une grille, des silhouettes d’arbres, qui cachent d’autres arbres encore plus sombres. Je remarque alors que le ciel est clair et distingue les étoiles, ce qui me rassure. En me levant, une douleur traverse mes jambes puis disparait, je suis au milieu d’un chemin, le long duquel une planche est posée sur 2 troncs. Il fait froid, et les odeurs me touchent, quelque chose de brulé, une cheminée. Je me tourne et aperçois une grande bâtisse, un grillage puis un mur gigantesque et des arbres. Une vue à 360° me donne qu’une faible perspective. Où suis-je ? Franchement, pas en Indonésie, ou bien dans quelques contrées d’altitude. Pas si loin, j’entends un cri, que j’identifie à une chouette, ou ce genre d’oiseau nocturne. Je tombe mon regard sur mon corps, et note être habillé de chaud, comme-ci « on » avait voulu me protéger, un blouson, un bonnet, des gants, seul mon visage est rouge de l’atmosphère sèche et glacée, alors qu’un sentiment m’envahit petit à petit, et réalise que je ne suis pas en Indonésie, ou sur les hauteurs désolées de quelques volcans au nord de Bandung, je devine avant mon esprit que je connais ce lieu, et refuse immédiatement cette évidence, et les implications en découlant. Mon sang boue de nouveau mais pour d’autres raisons plus spirituelles, alors que je reconnais ce lieu que je fais mien, mon esprit le rejette, et le renvoie à mes certitudes scientifiques. Je m’entends murmurer : « Ce n’est pas possible. ». Dans ces cas-là, comment auriez-vous réagi ? Peut-être, seriez-vous tombé dans la folie ? Peut-être auriez-vous hurlé en rejetant cette réalité, et espérant un réveil. Peut-être vous seriez vous effondré en vous tenant les mains, la tête ? Mais, qu’auriez-vous fait si vous aviez ressenti la poussière égratignée votre peau ? L’esprit humain est plein de méandre, et la folie parfois à sa porte. Je n’ai rien fait, en fait, avec du recul, je ne sais plus, mais je me suis assis sur la planche et suis resté longtemps à regarder devant moi le paysage que je commençais à distinguer au fur et à mesure que ma vue s’adaptait, comme je l’avais appris à l’armée il y a une quinzaine d’année, lors des marches de nuit ; et clairement, mon cœur s’est emballé lorsque j’ai compris être assis au pied du jardin de la maison de mon grand-père en pleine nuit d’hiver habillé de chaud à quelques 15000 km de ma dernière destination, quelque part au nord de la France à une autre époque, c’est-à-dire il y a plus de 20ans. Que faire maintenant ? Je pense que la chose la plus naturelle serait de rechercher un contact, de me faire connaitre. Ce sentiment étrange d’irréalité, à travers l’irréel, de connu dans l’inconnu. Je suis au bord d’une faille, au bord de la folie, je bouge, je marche vers la grille, tandis que le sol croustille sous mes chaussures, en écrasant l’herbe gelée, et les pierrailles du chemin, en approchant de la grille, une grille rouillée et déformée dans sa hauteur. Mon cœur bat la chamade, c’est bien la cours de la maison de mon grand-père, une fermette des années 50 en brique, une cours en mauvaise terre sans végétation, un vieux tonneau en dessous d’une gouttière, à gauche une vieille cabane dans laquelle est sans doute entassé un tas de meubles d’antan et aujourd’hui habité par les rats, et qui seront brulés sans égard à la fin des années 80, peut-être en 1990 au décès de ce dernier, au fond je distingue une grille rouge et rouillée et assez triste par temps de pluie ou de grisaille, c’est simplement le décor de mon enfance, dans lequel je suis jeté. Je tombe alors dans la conclusion rassurante d’être à l’instant dans un rêve, celui de la maison où j’ai passé quelques mercredis dans mon enfance. Je pense dans un rêve, et suis en train de me poser des questions dans ce rêve, que j’élabore. En y réfléchissant, je doute d’exister en tant qu’être dans mon propre rêve d’une manière tout à fait clair et transparente. Peu importe maintenant, je suis tombé de l’autre côté du miroir, ou plutôt ma conscience a fait la part des choses. Des choix infinis me sont maintenant offerts, c’est presque paradoxal. Je cherche la poignée de la porte du jardin, mais réalise que celle-ci est du côté intérieur, et esquisse un sourire. Divers choix me sont proposés. Je peux forcer la porte de la grange, la traverser puis forcer son entrée et me retrouver dans la cours. Ou plus simplement sauter au-dessus du grillage, une option moyenne puisque risquant de réveiller. J’opte pour une autre solution de contournement, à savoir remonter le jardin, longer le champ, redescendre vers la route et me retrouver face à la maison, je sais aussi qu’entre le mur de la maison mitoyenne, il y a un passage étroit qui mène à la cours et que nous utilisions pour jouer. Parfait ce plan, digne d’un Willy Wonka de l’espionnage. Drôle de référence. Je me retourne et monte le jardin une centaine de mètre, puis grimpe le talus et pousse la grille. Dans ce monde, comme dans celui plus réel d’il y a 20 ans, toutes les portes sont ouvertes. Je me retrouve en plein champ tandis qu’un froid glacial m’accueille et m’invite à remonter la fermeture de mon blouson. Tous ces détails auxquels il faut penser. Je distingue d’autres détails du champ éclairé au clair de lune, comme dans une copie d’une miniature de Werner que j’ai possédée au milieu de Béziers au milieu des années 90. Mais, où est ce tableau aujourd’hui ? Je tourne à gauche, sachant que dans mon dos, à une cent mètres git un blockhaus. Les herbes sont hautes et glissent sur mon pantalon en faisant pshh pshh. C’est le seul bruit, je ne distingue pas mes pas mais observe le champ laiteux disparaissant à l’infini. Puis, je glisse dans un trou et me relève en comprenant que j’ai mis un pied dans le fossé en déviant, et commence à m’inquiéter de ne pas apercevoir le chemin à gauche qui repique sur la route. Je pense que les rêves sont extensibles, et que leur court est souvent perturbé par l’illogisme. Mais, pas cette fois. Enfin le chemin, ou plutôt un talus crasseux avec 2 sillons, sans doute un passage à tracteurs. Je me surprends après quelques mètres d’atteindre du goudron. C’est la route éclairée par un faible lampadaire sur la gauche et la droite. Tout s’est déroulé au mieux et d’une manière si claire que cela doit avoir une signification, une prémonition peut-être. Je redescends la route en entendant mes pas, puis dépasse une vieille Renauld V neuve, et m’attends presqu’à découvrir la 405 de mon père, ou sa 504 précédente. Mais, suis-je sot. Surement pas en pleine nuit, puisque ma famille habite presqu’à plus de 10km. Le quartier dort, tous les volets sont clos, le village dort pendant une nuit d’hiver. Je souris en me demandant quelle jour il peut être, mais cela n’a vraiment aucune importance, n’est-ce pas, dans cette situation actuelle. Je suis face à la porte, celle-ci possède un vitrage, un détail que j’avais oublié, puis reviens sur mes pas en passant sous la fenêtre de la chambre de mon grand-père, enfin je touche le mur de la maison voisine. Et je ne trouve pas de chemin, mais une planche. Je doute de ma perspicacité, et en plus je ne distingue rien que la nuit. Je tire la planche qui claque, et tâtonne de la main un passage assez étroit, peut-être 25cm, pas plus. Je ne bouge plus et attend, car le bruit sourd résonne dans la rue, un chien aboie 3 ou 4 fois puis se tait. Je m’engage en mouvement latéral dans le passage et marche sur des morceaux de verre ou de céramique qui craque, et craque. Après quelques minutes de cette manière, je me sens oppresser par les murs, leur froideur, et ce sol illusoire. Mon blouson siffle et griffe, les pieds tapent sur une brique, à moins que cela soit autre chose de même taille. Vais-je bientôt me réveiller oppresser et en sueur dans ma maison de Sangkuriang? Entre ces murs étroits, j’explore un nouveau territoire, plonge en moi-même, et d’atteindre le bout de mon existence. Les pensées divaguent, mon rythme cardiaque augmente, et mon souffle doit surement être blanc de fraicheur et de peur. Au niveau de la taille, je bute sur un objet dur et métallique, je suis bloqué. Evidemment, le chemin a été condamné, pourquoi ne le serait-t-il pas ? Puis, la pluie commence à tomber, et se glisser entre les murs, une pluie dure sans doute un mélange de glace, du bout des doigts, je tâte la surface métallique, qui n’est pas si haute que cela. Sans doute, une carcasse de machine à laver, que j’entreprends d’escalader de biais dans une largeur de 30cm. Je m’égratigne, puis me coupe tandis qu’une substance chaude et visqueuse couvre ma main. Peu importe, je grimpe et prend appui sur la carcasse métallique pourrie, je suis à l’aveugle maintenant, seul au font derrière moi à une cinquantaine de mètre, je distingue à peine la lueur froide des lampadaires de la rue. Enfin, je passe l’obstacle, et mes chaussures claquent sur le sol, devant moi, la cours plongé dans l’ombre, à ma droite une vitre qui couvre du noir, un noir d’abime. Ma mémoire est parfaite puisque du bout du doigt je touche un léger creux dans la vitre, impact de balles. Rien n’a changé, tout semble s’être figé dans les années 80. Que faire maintenant, alors que je m’arrête au seuil de la porte et réfléchis. La glace fouette mon front, mon visage et mon crane ; derrière moi un abime et des milliards de petits bruits, comme des chuchotements, je me retourne. Rien que le néant. J’appuie sur la poignée et la porte s’ouvre. Sur quoi ? Un homme se tient devant moi, il porte la vieillesse, il incarne la vieillesse tandis qu’une lueur jaunâtre éclaire son visage émacié. Il tient une lampe à pétrole, qui fume noir et sent la suie. - Suis-moi. Je me tiens droit comme un I, face à la porte. Non. - Suis-moi. Allons donc. Tu es attendu. Puis, il se retourne et s’éloigne. J’avance un pas, puis 2 et le suis. La porte claque derrière moi, et la nuit se referme sur autre chose de plus inquiétant. La lumière miroite dans le couloir, et les pas du vieil homme résonnent comme dans une cathédrale, puis la lumière oblique à droite. La lampe est posée devant une porte, et la lumière tremble sur les murs qui n’ont aucune décoration. Je tourne la poignée de porcelaine qui glisse sur ma main ensanglantée, et qui lâche un grincement strident. Dehors, le vent s’est levé et la maison craque. Je me retourne mais le couloir est désert, archi-désert. Je tire la porte et découvre un escalier qui s’enfonce comme dans une crypte, c’est la cave. Etant jeune, je n’y allais jamais seul, sinon en courant. Aujourd’hui, une peur ancienne remonte au plus profond de ma mémoire. Je descends les escaliers, un mur de brique, et sens cette humidité et cette odeur de moisissures presque morte. Encore, une fois, j’entends mes pas, qui couvrent presque les bourrasques de glace qui frappent la porte d’entrée plus haut. Finalement, j’entre dans la cave et éclaire la face du vieux assis dans un coin, près d’un amas de bouteille vide et poussiéreuse. - Que me voulez-vous ? En braquant ma lanterne, dans la direction en protection. - Je veux te montrer la direction, celle que tu as toujours voulu connaitre. Il pointe sa main vers le mur. - Quelle est cette folie ? Ses yeux sont injectés d’une certitude brutale, l’homme doit être octogénaire, mais ses manières sont plus vives, ce qui crée un léger décalage. - Suis-je en train de rêver ? Que signifie tout cela ? Il se lève et s’approche du mur, et là où il devrait y avoir que brique et poussière, une autre porte, qui n’existait pas à mon époque. - Qui a-t-il derrière cette porte ? Que me voulez-vous ? - Tu poses beaucoup de questions. C’est justifié de s’interroger. Tu n’es pas dans un trou de lapin, ni dans un piège. Mais, nous te montrons la direction à suivre. Celle-ci te semble périlleuse. C’est bien. Tu as besoin de danger pour avancer. Derrière cette porte, tu trouveras ce qui est nécessaire pour atteindre la lumière. Bref, avances car tu ne peux pas revenir à ton point d’origine. Derrière toi, le néant, en face la lumière. - Qui êtes-vous pour me parler sur ce ton. Le vieille homme esquisse un léger sourire, et se passe la main sur son crâne tel Marlon Brandon dans Apocalypse now. A cet instant, je ne ressens que du froid et aussi une peur immense. Celle du vide. - Allez avances et vite. De nouveau, il me montre la porte, son regard est hypnotique. Je regarde la cave, c’est exactement la même que dans mais souvenir, sauf la porte. A l’époque à la place, il y avait une arche de pierre de taille, murée d’après mon père, bien avant la guerre. Un mystère de jeunesse oublié et enfoui. Je jette un regard sur le vieux, qui maintenant possède les traits de mon grand-père, et aussi une infinie d’autres figues en surimpression, et comme dans un rêve, je tourne la poignée puis la porte d’ouvre et je me sens aspiré. Je me réveille en Indonésie à Bandung le 12 Aout 2013 à 6h29.

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