“Mais les galaxies lointaines ne nous sommes perceptibles que si leur lumière arrive à nous atteindre. C'est-à-dire si leur vitesse par rapport à nous est inférieure à la vitesse de la lumière.”
H. Reeves. “Chroniques des atomes et des galaxies” 2007
“K. leva la main et l’image changea. Une étoile flambait solitaire au centre de l’écran. A cette distance, personne n’aurait pu dire que le soleil avait possédé des planètes ou que l’une d’elle avait disparu. Il resta longtemps à contempler le gouffre qui s’élargissait rapidement tandis que d’innombrables souvenirs s’éveillaient dans les dédales de son vaste esprit. Il salua silencieusement les hommes qu’il avait connus, ceux qui avaient essayé de faire obstruction comme ceux qui l’avaient aidé dans sa tache.”
Arthur. C. Clarke. “Les enfants d’Icare ” 1954
Un voyageur égaré en habit moderne et chapeau melon qui remonterait le Verdon jusqu’à son extrême limite départementale (je parle, vous vous en doutez des Alpes de haute-Provence, ou basses Alpes pour les vieillards cacochymes) tomberait sur un petit village étrange car abandonné : Ondres.
L’homme dont nous ne nous dévoilerons le nom par soucis de confidentialité, mais que nous appellerons ici Monsieur Marcellac serait alors étonné de découvrir un village désert de chalets emmanché d’une longue église elle-même habitée par les oiseaux de proie et sans doute quelques rongeurs gras.
Vous vous en doutez, Monsieur Marcellac n’a pas été attiré dans ces lieux isolés par quelque hasard ou convenance, mais plutôt pour entreprendre quelques affaires secrètes.
Ainsi, après une dizaine de km de marche à travers des paysages à couper le souffle : arbres déracinés sur des montagnes caillouteuses, cours de roche barrés par des langues de neige, précipices endiablés où s’engouffrent un vent d’une autre dimension, regard invisible des bêtes fauves, notre businessman arrive au lieu dit : « cabanes forestière du Pasquier », un refuge à 2100m dominé par le Grand Coyer (2693).
La nuit est tombée et un gigantesque feu scintille dans la vallée d’altitude, tel un phare perturbé et vacillant. Un autre homme est déjà là, silhouette émaciée, visage inquisiteur, assis sur une souche et grattant les braises à la recherche de quelques vérités ; derrière lui un molosse de garde est allongé et gratte une écorce, sorte de mélodie de craquement, grattage entre feu et chien. Pour les besoins de l’histoire, ce second personnage sera appelé Monsieur Bilousoni.
C’est là maintenant que nous effectuons notre double interview.
LCD: Pourquoi un tel rendez-vous dans un lieu si reculé de la civilisation
AM : Ce n’est pas le lieu qui compte le plus ici, mais l’instant précis. A l’époque (1998), lors de la conjuration des imbéciles à la Nouvelle-Orléans, le célèbre jazzman John Scofield voulait lancer un événement, qui devait devenir la référence de la contre-culture mondiale.
En fait, derrière le terme contre-culture, on place tout, n’importe quoi et son contraire, et surtout ce mélange des genres entre Religion, social, démocratie, libertés et culture ne peut générer que de la confusion. Si bien, que les forces médiatiques ont fini par avoir raison de la raison de notre raison et nos beaux idéaux. Je dis Chimère.
FB : L’endroit est en effet isolé et se prête à la réflexion et l’introspection. Nous ne sommes pas des rebelles, mais des gens engagés dans un univers où la parole et la communication sont les clefs. Ici, au bord du feu, les champs artificiels du virtuel ne nous perturbent pas ; ainsi nous restons hors des portables, ordinateurs, réseaux antisociaux et autre prison de l’esprit.
LCD: Que penser de la stratégie de l’OM pour la saison 2012-2011
AM : Il ne faut pas croire que toute la saison se jouera au mercato ; et comme Heinze, je suis colère à la pensée du précédent exercice perdu par un recrutement tardif, donc une non-adéquation des joueurs vis-à-vis du collectif.
En réalité, dans le sport, le rapport temps est tronqué ; ainsi l’on croit que l’action se joue dans le présent, alors qu’elle est répétition dans l’entrainement de gestes répétitifs, de situation instinctive en vue d’une réalisation. Une grande partie du match se joue avant le match, et les préparations deviennent aussi importantes que le fait sportif. J’imagine dans un avenir proche des joueurs s’entrainant en virtuel afin d’adhérer à la tactique collective ; le seul obstacle est de pouvoir donner du sens et de la réalité à ce virtuel, car naturellement l’esprit humain rejette ces vues de l’esprit. A partir de là, on peut imaginer les joueurs comme des interfaces physiques virtuelles jouer sur un terrain réel.
FB : Je suis relativement d’accord avec cette évolution ; mais je pressens le danger d’une deshumanisation des sportifs vers une primatisation de l’être, voire une animalisation. D’autre part, la stratégie du milieu sportif est de générer du spectacle à tout prix, et surtout du profit. Ainsi, les dirigeants vantent la construction d’un stade de 80000 places de plusieurs centaines de million d’euros comme un modèle économique vertueux. Mais, où est la vertu lorsque l’endettement s’étale sur des décennies, et la réalité d’un business partagé par un très petit nombre et alimenté par de l’argent à blanchir. Lorsque la bulle éclatera, la machine à laver s’arrêtera mais le sport continuera. Show must go on.
LCD: Comment voyez-vous l’évolution du binôme réalité/virtualité?
AM : Laissez-moi-vous parler d’évolution, faire évoluer les théories du pauvre Darwin et faire exploser sa tombe. Ainsi, l’humanité a commencé par le parler, l’imaginer, le rêver, avec une base d’expérience pratique afin de nourrir l’esprit et ainsi stimuler sa créativité. Ensuite, l’apparition de l’écriture a permis de stocker les expériences et les esprits de chacun, afin in fine de partager la connaissance, et ainsi de permettre une plus grande créativité, base des révolutions industrielles ; enfin aujourd’hui, l’avènement de l’informatique recentre l’humanité vers le virtuel et ne sublime plus le réel ; l’esprit devient son propre contenant, et petit à petit les frontières réels/virtuels naguère bien différentiées commencent à se mêler, et les réseaux sociaux virtuels se multiplient. Cette intrusion de la non-réalité dans la réalité n’a de conséquence que d’appauvrir l’être humain. Ainsi, je pense que nous allons vers une régression évolutive et un desséchement des capacités intellectuels de l’humanus.
FB : Nous ne prônons pas une interdiction de ces outils de synthèse, mais un control stricte. Il n’y a rien de plus dangereux que de pénétrer les esprits, on s’oriente vers un totalitarisme abstrait qui fait peur. Par exemple, serait-t-elle une idée folle d’interdire les téléphones portables, les connections web et les boites à images à une certaine catégorie de la population?
Evidemment, à l’exemple de l’usage des drogues, les verrous ne servent à rien, et le marché est plus puissant que les lois. Encore, une fois, ces substances virtuelles qui manipulent l’esprit ne peuvent être dissoutes par le législatif. Nous croyons en l’éducatif, mais aujourd’hui tirons la sonnette d’alarme.
LCD: Bulles, déclin de l’humanité, perte de créativité. Où sont les raisons d’espérer ?
AM : Les étoiles et la conquête spatiale, mon cher monsieur. Nous habitons sur un ilot de vie dans un désert galactique. Les astronautes ayant défiés la pesanteur ont vu notre planète de l’extérieur, et reviennent dans un certain état de choc, certains même tombent dans la folie de tant de rareté et de beauté.
Comprenez-vous bien que l’abandon des programmes spatiaux américains n’est pas seulement une économie pour la première puissance mondiale, mais une tragédie. L’humanité est faite pour s’élever au dessus et non se recroqueviller dans une caverne sur laquelle sont projetée des images, ses propres images. C’est là le véritable déclin d’une civilisation que de plonger sur elle-même, puis in fine de disparaître. La question est la suivante : Peut-on compter sur certaines nations émergentes pour prendre le relai et de relancer ces programmes ambitieux ?
FB : Je pense comme mon amie Monique de Bandung que les planètes du système solaire seront un jour à notre portée, mais les étoiles jamais dans notre configuration actuelle.
LCD: C'est-à-dire ?
AM : Tout simplement, nous n’avons pas encore effectué les sauts technologiques suffisants pour nous arracher facilement de notre gravité, et aujourd’hui l’accès à l’espace est excessivement cher et réservé aux nations. Et, ironie du sort, les sommes manquantes ont été avalées par la cupidité d’un système financier mondialisé qui aujourd’hui est prêt à imploser de nouveau.
FB : Tout comme, la Provence sera avalée par ce projet Iter qui auto-générera un trou noir.
LCD: Tout cela est plutôt sombre et peu optimiste ?
AM et FB (parlant en simultané) : Que tu sois d’accord ou pas, là n’est pas la question. Que tu sois isolé cette nuit dans la région la plus isolée de notre pays est une réalité. Que nous soyons armés en est une autre. Reformule.
LCD: Tout cela est plutôt fantastique et visionnaire. Un mot pour finir.
AM et FB : Rendez-vous pour notre prochain congrée à Bandung en Septembre 2011, pour le rassemblement des pays réellement alignés et virtuellement non-alignés.
lundi 6 juin 2011
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