lundi 28 novembre 2011

Retour du furien

“O condicionem miseram non modo administrandae verum etiam conservandae rei publicae”
The preservation of the republic no less than governing it; what a thankless task it is.
Cicero, speech, 9 November 63BC

Il est 6 heures. L’heure où la vermine de Bandung s’éveille. L’heure du crime où des hommes vêtus de noir commencent à descendre en groupes diffus les artères de la ville.
La haut, en zoom vertical, des nuages sombres s’amoncellent et déjà sur le volcan des éclairs illuminent des champs de thé peuplés à cette heure de fantômes.
Il ne faut pas s’attarder ici et là-bas, ainsi que nos pas avancent au rythme incertain du tonnerre ou des grognements lugubres 10 km au dessus.
C’est au milieu d’une allée sombre en contrebas de Sangkuriang que nous rencontrons les VIE pour une interview surprise. Ces gens venus de France et frais émoulus de Grandes Ecoles d’Ingénieur connaissent la réalité, la froide réalité qui nous force à revoir nos soupçons et nos pensées sur ce qui se passent dans l’hexagone.
Attachez vos ceintures, cela va décoller.










Bandung, on parle de Bandung dans les livres d’histoires. Comment avez-vous lié cette réalité au présent ?

PMC : En tant que VIE, nous avons (je parle pour nous 2) été préparés, durant de nombreuses heures d’étude, puis de stage ; nous avons été préparé à survivre en milieu hostile. Nous n’appartenons pas à une élite, nous ne sommes pas des surhommes, mais nous nous rapprochons des chevaliers du moyen âge, et notre monture est la modernité ; nous surfons sur les hautes technologies et sommes les enfants de Bill Gates. Un jour, que je me baladais au KP2 un Indonésien moyen, 5 feets, 80 pounds, m’a interpellé autour d’une FAI vérolée par un outillage qui le fut encore plus ; et là je me suis surpris dans la force et le self-control en lui renvoyant le plan, et lui disant, en dalam bahasa indonesia, langue que je maitrisais après quelques semaines ici. Le plan s’est moi. A l’égale du Parrain de Scorcèse, je me suis découvert dans l’action.

JJ : Bandung est une ville à taille humaine. Les gens vaquent à leur occupation avec précision : ici des vendeurs de Warung, là-bas des rues bondées du matin au soir, à 18 :00, les minarets où sortent des chants musulmans, la nuit des feux de rue qui gèrent les détritus de la journée. Bref, un caléidoscope de comportements qui ont de quoi surprendre. Pourtant, les habitants, malgré la pauvreté, malgré la richesse, sourient, aiment sourire. Nous savons toute l’histoire enterrée dans le sol de Bandung, sous nos pieds des cadavres et des mémoires enfouies. Et, pourtant, nous vivons un présent qui peut sembler plus difficile à bien des égards en comparaison d’il y a 20 ans, mais ce n’est qu’illusion, et en cela je rejoindrais PMC ; cette ville est faite pour nous et notre modernité.












Etes-vous gêné, aux entournures, de vivre parmi des expatriés antagonistes : pionniers-modernisateurs ?

PMC : Je comprends la subtilité de cette question, mais pas le timing. J’oserai la métaphore suivante avec John Rambo, qui après avoir vécu le Vietnam vivra l’enfer dans son pays.
Je ne suis pas entouré de Colonel Trotman à la solde d’une armée régulière d’entreprise, je n’imagine du tout les champs de mitraille lorsque je pousse les FAI, je ne me gratte pas le crane avec une lame en pensant à Marlon Brando dans Apocalype Now, lorsque j’ouvre une FT. Non, nous sommes les producteurs, réalisateurs, scénaristes d’un film aux grands effets, car en tant qu’humain, nous possédons ce grain de folie à la française qui caractérise et nous libère des contingences. Ainsi, nous aussi nous sommes antagonistes, et libres de nos gestes en Indonésie.

JJ. Nous vivons cette aventure de Volontaire en Industrie à l’Etranger avec maturité et certitude. C’est une chance d’être dans ce pays. L’accueil est formidable, tout reste à créer.


Qu’est ce que la liberté ?

JJ : Je vois autour de moi des gens qui sont en prison. Une prison, certes magnifique, avec des murs dorés, des chemins pavés, des écrans 3D, des outils de communications derniers cris, des connections à BrainBook, des FacesBerry dans une main, ou encore des plannings serrés. En prison, on n’est pas libre. On peut être aussi emprisonné dans les livres et les rires des Indonésiens. La liberté est autre chose, peut-être un billet d’avion où l’on écrirait la destination à la dernière seconde.

PMC : La liberté est sans doute d’être dans l’œil du cyclone et de temps en temps de plonger dans le courant à une vitesse inimaginable ; là on ressent la vie, on la touche, elle nous transforme et nous grandit. Etre libre à Bandung, cela existe. Je respecte ceux qui sont libres et nous offrent ne serait ce qu’un millionième de leur liberté. C’est le courage.
La liberté est cette magnifique brune pulpeuse au coin du bar à qui vous offrez cette coupe de Champagne Clicquot 1912.












Parlez nous de votre weekend en océan Indien.

PMC : Là-bas, la mer est dangereuse et des rouleaux sombres déferlent sur la plage, en profondeur ce sont des lames de fond qui vous emportent au large. Pour avoir déjà vécu et survécu à ces courants mortels, je sais comment réagir : se laisser emporter puis au bout d’une vingtaine de seconde remonter.
Le Vendredi soir sur la plage, nous avons assisté à un orage fantastique de la plage : flash sur flash. Le Lundi sur le Jakarta Post, nous apprîmes qu’une tornade dévasta 900 maisons à Sukabumi située à une cinquantaine de km.
Enfin, l’océan indien de ce coté de l’Indonésie est peuplé de monstres et surtout d’une reine à la malédiction redoutée si bien que personne n’est habillé de vert
Je ne crois pas aux esprits même si Monique nous a parlé d’histoires étranges.

JJ : Il faut remercier Stéphanie et Sylvain pour l’organisation de ce weekend coloré. Nous y avons touché la réalité de l’Indonésie : 6 heures de route molle et cabossée pour 150 km,
Des camions porte-conteneur bouchant les routes à partir de 22h, des montagnes cisaillées par l’industrie du présent pour quelques claires raisons indonésiennes.
Et, pourtant le ressort fut agréable et en bord de mer.
Des panneaux nous ont surpris, comme celui nous avertissant des dangers de tsunami.
La nuit, des nuées de moustiques agressifs et résistants aux produits européens nous ont attaqués. Malgré tout, un weekend formidable.



Après 4 mois au sein de la structure Indo. Quelles sont d’après vous les conditions de la réussite du projet.

PMC : J’élèverai le débat en citant un gars du projet qui cite César de temps en temps : « Si tu veux la paix, prépares la guerre. ». Ainsi, la réussite du Projet, je pense, dépend de la ville elle-même, et à plus haut niveau du pays. Bandung sera-t-il capable de relever ses défis d’aujourd’hui et de demain : la circulation toujours plus dense, la population toujours plus importante, la misère et les inégalités sociales, la pollution endémiques.
Bandung possède t’elle cette capacité à la transformation. C’est la vraie question qui orientera la réussite du Projet. Nous pensons que cette ville aura la force de vaincre ses démons.

JJ : Difficile à dire. Peut-être, la lumière que nous avons dans les yeux, nous aidera à transmettre et fédérer les forces. Ce désir de création de lien devra être un désir d’avenir.
Je discutais l’autre jour avec un outilleur qui parle, à qui veut l’entendre, de sortir les kalachnikovs. Soyons sérieux la brutalité n’est pas un argument industriel ; je crois à la concertation et à l’écrit.

1 commentaire:

  1. Le retour... on aurait presque pu croire que ce cher Colonel était tombé dans un de ces coupes gorges Indonésien qui y est décrit.... mais apparemment ça n'est pas le cas.
    Mais il devait être occupé à certaine mission plus importante :)

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