lundi 3 mai 2010

Fantômes de Java

En Indonésie, sur l’ile de Java, à Bandung, il y a des sujets dont on ne parle pas avec facilité, surtout aux étrangers de passage. Ces sujets sont sensibles et touchent une corde de l’esprit des autochtones. C’est pour cela qu’aujourd’hui, j’hésite à aller plus loin dans ces propos qui risquent de compromettre le fragile équilibre de la vie ici à Bandung, et risque d’entrainer des perturbations psychiques introlées.



Pour être moins précis que je ne devrais l’être, remontons à une visite familiale effectuée il y a quelques semaines dans le Nord… de Sumatra chez une grande dame de ma famille dont l’éloquence et la psychologie en font une référence de sagesse et d’intelligence, et dont le talent le plus important est de sublimer autrui à travers l’écoute. Bref, quelqu’un à qui on ne raconte pas des sornettes et où le débat ne traine pas au ras des pâquerettes.
Ce jour, alors que la conversation se dirigeait vers sa mère disparue depuis des décennies, elle raconta qu’à la fin de sa vie, atteinte par la maladie, dans l’incapacité de parler, celle-ci restait assise sur un canapé et ses seuls moments de retour à la surface se diffusait lorsque son entourage chantait, alors comme une communion d’esprit elle reprenait des marques de lucidité et son regard se faisait clair. Il y a quelques semaines à l’occasion de l’anniversaire de ses 4 fois 20 ans, une grande fête fut organisé et bien sur des chants, de nombreux chants autour de ses enfants, ses petits enfants et même arrière petits enfants ; et ceci tard dans la soirée jusqu’au moment où de l’autre coté de la maison un fracas épouvantable de verre cassé fit stopper net tout le monde, il ne fut pas long à trouver le portrait de sa mère rangée depuis des années sur une étagère et qui se trouvait de l’autre coté de la pièce en mille morceaux.




Bref, parler de ces choses nous fait rentrer dans un terrain inconnu, un terrain des plus dangereux, et je ne devrai pas vous parler des rumeurs du Sensa Hotel et des phénomènes étranges et particuliers qui y ont lieu, ou plutôt y eurent lieu, dont je fus l’involontaire témoin, à moins que cela ne fût plus compliqué.
Tout commença un matin, un simple matin un peu gris comme on peut en saisir les contours en fin de saison des pluies, bref un matin de début de mission par forcément au top de sa forme et je regardai sans pensée le flot de la rue au loin, les futures bâtiments en construction du Seawalk, une vue à peu près comme la photo ci-dessous, et aussi quelques balayeurs ici et là ramassant les feuilles de la nuit, et autres branchages ; bref du classique. Pour vous situer le cadre, le Sensa Hotel est d’architecture un peu difforme avec des courbes de géométrie non slamétienne, et surtout une entrée un peu cathédrale, dont la voute n’a aucun rapport avec celle du KP4 car étirée selon une concavité non développée de rayon 5. La salle de déjeuné est de configuration des plus allongés, et une mezzanine vient border une piscine en rase-motte, si bien que le nageur a l’impression de manger du nasi goreng en crawlant. Enfin, la salle de musculation plus loin est un immense pavé orange planté, comme une relique de France des années 70. Bref, vous l’aurez compris un mélange des genres qui peut mettre mal à l’aise au mieux, fait naitre un sentiment de vertige au pire, et qui ne laisse pas indifférent en tout.

Avant d’aller plus loin, je citerai André Malraux qui vit aujourd’hui à Bandung, et qui, à l’occasion le mois dernier, d’une bière au MU de PVG (au Manchester United du Paris van Java pour les autres), n’hésita pas à affirmer, malgré les protestations silencieuses des Lolo2, et dans un dalam bahasa indonesia un peu hésitant : «La ville la plus habitée de ce coté d’Asie est sans nul doute Bandung. J’en eus la révélation il y a une vingtaine d’année lors d’une balade nocturne de conversation politique avec R. Folco. Je ne puis cependant en dire plus tant les effluves psychique peuvent influencer mon jugement. ».

Et ce matin là, alors dans l’attente du 4/4 Nissan de Freddy Carlos-Bangh-Ghosn, j’apercevais à travers la chevelure des branchages du gigantesque eucalyptus, dominant de son envergure et sa toison verte tous les super-héros du Chiampelas, un homme assis sur une branche au plus haut. Immédiatement, il me fit signe et je reconnus avec quelques effrois une figue mythique des croyances du coin : le Herry Sismoyou en personne. A ce sujet, Flo di Pagnol dans son nom moins fameux Herry des balais le décrit ainsi : « Ta couillonnerie est si profondément incrustée en ton être, qu’elle doit être identifiable à ton ADN. Ainsi, tu la sèmes à tout vent, jusqu’à l’international, et au fur et à mesure que tu t’éloignes, on l’impression que tu te rapproches », et encore « Si les couillons étaient dans l’orchestre, tu serais capable de jouer ta partition de pipo à l’envers, et contaminer en moins de rien toute la mélodie », et toujours « Tu rassembles non seulement un concentré de bêtise sur des générations, mais tu transcendes ce niveau pour atteindre l’inconnu : à savoir l’intelligence de la couillonade ».

Ainsi, les fantômes de Java sont présents autour de nous, près à pénétrer notre inconscient, et changer nos humeurs. L’occidental devra apprendre à se méfier et anticiper l’anticipation (Ref. T. Omeyer, champion du monde).

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