mercredi 20 janvier 2010

Les premiers pas en Indonésie


Quelqu'un frappa à la porte et je fus comme dans un reve lorsque d'un coup de paupière bien appuyée, je me connectais au murmure sourd du 380 en plein vol stationnaire au dessus de l'océan indien, peut-etre aussi en plein milieu tant était bleu nuit l'océan de bleu derrière le hublot.
-55°C, presque en orbite géostationnaire.
Les hotesses à l'air d'indo-asiatique décontractées avaient depuis longtemps réduit leur fourmillement esthétique autour des passagers pour éteindre les lumières comme on souffle une bougie, d'un dernier souffle; et le peuple migratoire de la classe affaire était sans doute loin, très loin comme plongé peut-etre dans quelques sommeil criogenique. Mais non, tout était normal et sombre.
Je refermais mon second oeil pour imaginer la suite des réjouissances...
... le gas à l'air aussi gras qu'une vache sacrée tombée dans une marmite de fange étant bébé portait fierement un costume militaire, que son air de bambin me fit sourire mais pas trop. il me demanda froid malgré la chaleur puante de la queue des arrivistes jakartiens, mon passeport, que je lui refilais avec ma mine la plus enigmatiquement neutre que l'on connaisse de ce coté de ce continent. Après 20 heures d'un vol lourd et épuisant, je n'eus à forcer mon talent et le douanier indo me laissa poser le pas en Indonésie d'un bref tampon.
Il faisait chaud, si chaud que quelques phrases de l'Ile de Sakhaline de Tchékhov me remontèrent à l'esprit avec une grande clarté: "Le comte de La Perouse, le célèbre navigateur français, aborda la cote ouest de Sakhaline en Juin 1787 au dessus du 49ème parallèle, et s'y entretint avec les indigènes. A en juger par la description qu'il nous a laissé, il n'a pas trouvé que les natifs du lieu: les Aino, mais aussi des Ghiliak venus faire commerce comme eux...", puis je m'arrétais larme à l'oeil à la recherche de Dadang.
Né en 1965 à Alger d'un père russe et d'une mère indonésienne, Dadang, de présentation correcte, est d'une grande politesse. Après avoir acquis une formation tout arme à fort Bragg (US), le LTN Dadang intègre les forces spéciales indonésiennes en 1988, se faisant remarquer au passage par son flegme et sa qualité de maniement du Kris... En 1998, suite à l'opération IPDN de nettoyage, il se fait remarquer par le général de corps d'armée de l'époque Bambang, qui lui offre un poste de responsable dans les services d'intelligence externes du pays...
L'avion trembla, sécouée par une main géante, et j'ouvrais 2 yeux exorbités pour me rendre compte que j'étais seul dans l'appareil. Un fremissement progressif me traversa tel un rayon de la tete au pied, en passant par tous les bouts de mon corps qui jettaient alors une sorte d'electricité, celui de la peur. La peur froide et simple qui retourne votre esprit en un rien et qui vous force à dépasser vos références pour entrer dans une zone inconnue que, meme vous, ne connaissez pas, et surtout pas cet affreux coquin de Freud du haut de ses théories psy ou psi fumeuses.
Un rayon passa à travers le hublot, aveuglant, irritant , blanc presque le halot dément d'une obsène explosion atomique. Je me levais mais une seconde secousse me projetta avec violence sur mon fauteuil.
Refléchir, agir, observer, se calmer, souffler et se libérer enfin de l'inconnu telles furent mes pensées recurrentes nées de quelques entrainements de nuit au camp de coetquidan (et du 4ème bataillon, promotion je-ne-sais-plus 1997).
- Il ya quelqu'un...
Et, je fus réveiller au son de ma voix tandis qu'un valet de treffe se penchait en Indonésien et ouvrait la porte du 4/4, et le hall du Ciumbuleuit.
"Apakabar Baik Mr Bedus, karaokebintangbangnantisoitilglank" furent les premières paroles prononcées depuis longtemps me remontant à une réalité parallèle à celle de la France.

Et ainsi les premiers pas ici en Indonésie à Bandung après 3 heures de routes et quelques heures la-haut.

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